Le ministre Emmanuel Ménard a récemment nommé Ariana Ambassadrice du livre. Une décision qui, au-delà de la surprise qu’elle a suscitée dans les milieux culturels et littéraires haïtiens, mérite une analyse rigoureuse.
La question n’est pas de savoir si Ariana mérite ou non ce titre. Elle est ailleurs : sur quels critères institutionnels repose cette nomination ? Dans la pratique, le rôle d’ambassadeur ou d’ambassadrice du livre est traditionnellement confié à des personnalités dont le parcours entretient un lien documenté avec la littérature auteurs publiés, lecteurs actifs, critiques littéraires, journalistes culturels ou promoteurs du livre.
Des profils comme Dangelo Neard, les bookstagrammeurs et booktiktokeurs haïtiens, ou encore les animateurs de clubs littéraires incarnent naturellement ce rôle au quotidien.
Ariana, dont la notoriété repose sur sa présence TikTok et sa récente victoire au House of Challenge, n’appartient à aucune de ces catégories de façon documentée.
Ce qui amène une interrogation légitime : cette nomination repose-t-elle sur des critères culturels ou sur une logique de communication institutionnelle visant à capter la sympathie d’une large audience numérique ?
Par ailleurs, le titre lui-même interpelle. Les livres, par nature, n’ont pas besoin d’un porte-voix unique et fixe. Ceux qui sont légitimement habilités à parler en leur nom sont l’auteur qui les crée et le lecteur qui les reçoit. Tout autre représentation relève d’une construction symbolique dont l’utilité reste à démontrer.
Si cette nomination s’accompagne d’un programme concret promotion de la lecture, collaboration avec des auteurs haïtiens, valorisation de la littérature locale elle pourrait trouver sa justification. Dans le cas contraire, elle risque de réduire la littérature haïtienne à un accessoire de visibilité politique.
Le débat est ouvert.
Et les réponses appartiennent au ministre et aussi à vous chers lecteurs
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