Haïti traverse une crise silencieuse, plus profonde que l’économie ou la politique : celle de son identité. Une grande partie de notre jeunesse semble aujourd’hui en plein divorce avec ses racines. Ce n’est pas seulement un changement de mode, c’est un effacement culturel.
De la “Bitasyon” au Virtuel, Un déracinement volontaire.
Autrefois, la “Bitasyon” était le socle. C’était le lieu où l’on apprenait la terre, le respect des aînés et le sens de l’appartenance. Aujourd’hui, pour beaucoup de jeunes, la terre est devenue “vieille école”.
Ils ont remplacé une fondation en béton armé “nos racines” par un décor de théâtre en carton “le buzz” et quand le vent souffle, le décor s’écroule, alors que la fondation qu’ils négligent, permet de reconstruire.
On est passé du Rituel au Réveil Numérique;
Et où est passé le temps du “Te gaz” pour réveiller l’estomac, suivi du rituel sacré du “pòt kafe a pen” ?
Ce moment n’était pas qu’un repas, c’était une communion familiale avant de commencer la journée.
Désormais, le premier geste du matin n’est plus de saluer les parents ou de humer l’odeur du café, mais de vérifier les notifications TikTok. On nourrit l’algorithme avant de nourrir son propre corps et son esprit.
Les ancêtres ne sont plus des guides, ils deviennent de “l’histoire ancienne”, des noms poussiéreux dans des livres qu’on ne lit plus,
la mort du “Timtim Bwachèch“
Les sorties “endeyò” et les veillées autour du “krik krak” ont disparu. Ces devinettes et ces contes étaient notre école de la sagesse et de l’humour. À la place, nous avons le silence des visages éclairés par la lumière bleue des téléphones.
On a troqué les jeux collectifs qui créaient du lien social pour des divertissements solitaires.
Le “Lago deli”, le “Pench” ou le “Toukay” demandaient de l’agilité, de la stratégie et du contact humain.
Le “Buzz” sur Insta ou TikTok ne demande que de l’exhibition et de la validation par des inconnus.
Une Jeunesse sans “Jeunes”
C’est le paradoxe le plus triste : nous avons une jeunesse sans “jeunesse”.
Être jeune, c’est explorer son environnement, jouer, apprendre les traditions pour mieux les transformer.
Aujourd’hui, beaucoup de jeunes haïtiens sont des “vieillards numériques“, ils ne courent plus, ne grimpent plus aux arbres, ne connaissent plus le nom des plantes. Ils sont statiques, prisonniers d’un écran, cherchant une gloire éphémère de 15 secondes.
La culture n’est pas un fardeau, c’est une boussole. En rejetant ce qui fait l’âme d’Haïti, la jeunesse risque de se perdre dans un monde globalisé où elle ne sera qu’une pâle copie des autres, au lieu d’être une version authentique d’elle-même.
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