Crise de transition en Haïti : l’ombre de l’ambassade américaine sur la succession du CPT.

À moins de vingt-quatre heures de la fin officielle du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), la classe politique haïtienne se retrouve une nouvelle fois dans l’impasse. Après vingt-deux mois d’exercice, le CPT quitte la scène sans avoir rempli l’essentiel de sa mission : rétablir un minimum de sécurité, engager un véritable dialogue national et poser les bases crédibles d’un retour à l’ordre constitutionnel. Ce vide politique, sur fond d’une insécurité galopante et d’un État quasiment absent, ouvre la voie à une influence étrangère de plus en plus visible.

Aujourd’hui, l’ambassade des États-Unis apparaît comme un acteur central, voire décisif, dans les discussions autour de la succession du CPT. Une situation qui suscite malaise, interrogations et critiques au sein de l’opinion publique. Au cœur de cette controverse figure le nom d’Alix Didier Fils-Aimé, présenté comme un potentiel homme fort de la transition.

Malgré une impopularité manifeste au sein d’une large frange de la classe politique et de la société civile, il bénéficierait d’un soutien appuyé de la diplomatie américaine. Pourquoi ce choix, alors que le pays réclame avant tout une solution consensuelle et souveraine ? Pour de nombreux observateurs, ce soutien s’expliquerait moins par une adhésion populaire que par des considérations pragmatiques : stabilité institutionnelle minimale, continuité administrative et capacité à coopérer avec les partenaires internationaux. Dans un contexte où les gangs armés étendent leur contrôle territorial et où l’État peine à exister, Washington privilégierait un profil jugé prévisible et coopératif, même au prix d’un déficit de légitimité interne.

Cependant, cette posture alimente un sentiment de tutelle étrangère de plus en plus mal accepté. Pour beaucoup d’Haïtiens, l’ingérence perçue de l’ambassade américaine ne fait qu’aggraver la crise de confiance entre les dirigeants et la population. Elle renforce l’idée que les grandes décisions politiques se prennent en dehors du pays, au détriment de la souveraineté nationale.


À l’heure où le CPT s’apprête à tirer sa révérence, Haïti se retrouve donc face à une équation dangereuse : une transition sans bilan positif, une classe politique fragmentée et un avenir immédiat largement influencé par des acteurs extérieurs. Sans un sursaut collectif et une véritable volonté de placer l’intérêt national au-dessus des calculs politiques, la fin du CPT risque de n’être qu’un épisode de plus dans une longue série de transitions avortées.


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