Dans un contexte d’insécurité chronique qui bouleverse Haïti depuis plusieurs années, de nombreuses figures publiques, artistes et entrepreneurs ont été contraints de chercher refuge à l’étranger. C’est dans cette dynamique que le rappeur engagé et populaire Fantom, de son vrai nom (DARINUS Daniel) avait quitté Haïti pour s’installer en République dominicaine, un pays voisin où il possédait une maison et investissait dans plusieurs activités commerciales.
À l’époque, ce départ était perçu comme une stratégie de survie, mais aussi comme un choix pragmatique : préserver sa sécurité, protéger sa famille et poursuivre ses projets artistiques et économiques dans un environnement jugé plus stable. Cependant, ce qui devait être un refuge s’est progressivement transformé en un espace de tensions, d’épreuves et de désillusions.
Les relations diplomatiques souvent tendues entre Haïti et la République dominicaine ont eu des répercussions directes sur la vie quotidienne des ressortissants haïtiens vivant chez le voisin de l’Est. Rafles, discriminations, expulsions arbitraires et stigmatisation sont devenues le lot de nombreux Haïtiens, indépendamment de leur statut social ou économique. Fantom, malgré sa notoriété et ses investissements, n’a pas échappé à cette réalité.
Victime de traitements jugés humiliants, le rappeur aurait même été incarcéré par les autorités dominicaines, un épisode qui a profondément marqué l’artiste. Cette arrestation, perçue par beaucoup comme injuste et symbolique du mépris subi par les Haïtiens, a été vécue par Fantom comme une atteinte à sa dignité et à son identité.
Face à cette situation, l’artiste a pris une décision radicale et lourde de sens : vendre tous ses biens en République dominicaine et tourner définitivement la page de cet exil contraint. Contre toute attente, Fantom a choisi de revenir vivre en Haïti, précisément à Limonade, une commune du Nord, loin de l’agitation médiatique et des centres de pouvoir.
Ce retour n’est pas seulement géographique ; il est profondément symbolique et politique. En décidant de rentrer au pays malgré l’insécurité persistante, Fantom envoie un message fort sur l’attachement à la terre natale, la dignité humaine et le refus de l’humiliation. Limonade devient ainsi un espace de refuge intérieur, un lieu de reconstruction personnelle et identitaire.
L’histoire de Fantom illustre le drame de milliers d’Haïtiens contraints à l’exil, souvent accueillis par des promesses de stabilité, mais confrontés à la discrimination et à la violence institutionnelle. Elle pose également la question fondamentale de la protection des migrants haïtiens et de la responsabilité des États face aux droits humains.
Aujourd’hui, plus qu’un simple artiste, Fantom incarne une voix de résistance, un symbole de retour aux sources et de refus de l’effacement. Son parcours rappelle que l’exil n’est jamais un choix facile, et que, parfois, même une terre en crise peut offrir plus de dignité qu’un refuge bâti sur le mépris.
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