Malgré le soutien explicite de plusieurs partenaires internationaux, notamment l’ambassade des États-Unis, du Canada et de l’Union européenne, au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, les membres du Conseil présidentiel de transition (CPT) persistent et signent dans leur décision de le révoquer. Une position qui accentue davantage les tensions politiques dans un contexte national déjà marqué par plus d’une décennie d’instabilité institutionnelle.
Selon des sources proches du CPT, la décision de révocation aurait recueilli cinq voix sur sept, seuil jugé suffisant par une partie des membres pour acter le départ du chef du gouvernement. Cette situation survient à moins de vingt jours de la fin officielle du mandat du Conseil présidentiel de transition, un timing qui suscite de nombreuses interrogations sur les véritables motivations des acteurs impliqués.
Un débat juridique au cœur de la crise
La révocation du Premier ministre ne fait toutefois pas l’unanimité, notamment sur le plan juridique. Plusieurs hommes de loi haïtiens se sont prononcés publiquement, révélant une profonde divergence d’interprétation du cadre légal régissant le fonctionnement du CPT.
Pour Me Samuel Madistin, ancien sénateur et constitutionnaliste reconnu, la signature du président du CPT, Laurent Saint-Cyr, n’est pas juridiquement indispensable dès lors que la majorité qualifiée est atteinte.
« Le Conseil présidentiel de transition fonctionne sur la base d’une collégialité. Si cinq membres sur sept votent en faveur de la révocation du Premier ministre, la décision est valable et exécutoire, même en l’absence de la signature du président du CPT », estime Me Madistin.
Cette lecture repose sur le principe de majorité décisionnelle inscrit dans les accords politiques ayant conduit à la mise en place du CPT, accords qui visent avant tout à éviter toute paralysie institutionnelle.
Une lecture opposée du droit
À l’inverse, Me Guichard Doré, juriste et ancien ministre, adopte une position radicalement différente. Pour lui, la signature du président du CPT demeure une exigence incontournable pour la légalité de l’acte.
« Le président du Conseil présidentiel de transition joue un rôle de garant institutionnel. Sans sa signature, aucune décision majeure, notamment la révocation d’un Premier ministre, ne peut être considérée comme pleinement valide », soutient-il.
Selon Me Doré, ignorer cette formalité pourrait ouvrir la voie à des contestations juridiques, fragilisant davantage la crédibilité des institutions de transition et compromettant la reconnaissance internationale des décisions prises.
Une transition de plus en plus fragilisée
Cette controverse juridique intervient dans un climat politique extrêmement tendu, marqué par l’insécurité généralisée, la crise humanitaire et l’effondrement de la confiance populaire envers les dirigeants. La persistance du CPT dans sa décision, en dépit des mises en garde diplomatiques, met en lumière un bras de fer latent entre la souveraineté politique nationale et l’influence des partenaires internationaux.
Pour de nombreux observateurs, cette situation illustre surtout l’absence d’un cadre institutionnel clair et consensuel, capable d’encadrer efficacement la transition et de préparer un véritable retour à l’ordre constitutionnel.
Alors que la population haïtienne attend des réponses urgentes en matière de sécurité, de gouvernance et d’organisation électorale, la révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé risque de n’être qu’un épisode de plus dans une transition qui peine à tenir ses promesses et à rassurer tant les citoyens que la communauté internationale.
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