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Une mise en garde claire de Washington

La note publiée par l’ambassade des États-Unis en Haïti ne laisse guère de place à l’interprétation. Washington y réaffirme que son objectif central pour le pays reste l’instauration d’un niveau minimal de sécurité et de stabilité. Dans ce cadre, toute tentative du Conseil présidentiel de transition (CPT), non élu, de modifier la composition du gouvernement à ce stade avancé de son mandat serait jugée « nulle et non avenue ».

Le message est direct, ferme et politiquement lourd de conséquences. Il s’adresse autant aux membres du CPT qu’aux acteurs politiques, économiques et sociaux susceptibles d’appuyer une telle démarche.

La transition haïtienne évolue dans un climat de violence persistante, marqué par l’emprise des gangs armés sur de larges portions du territoire et par une crise institutionnelle profonde. Le CPT, mis en place pour conduire le pays vers un retour à l’ordre constitutionnel, n’a ni la légitimité issue des urnes ni une marge de manœuvre politique étendue.

Dans ce contexte fragile, toute recomposition gouvernementale est perçue par Washington non comme un ajustement technique, mais comme un facteur potentiel d’instabilité supplémentaire. Le timing, qualifié de « stade avancé » du mandat du CPT, est central dans l’argumentaire américain.

En déclarant que toute modification du gouvernement serait considérée comme une manœuvre visant à saper l’objectif de sécurité et de stabilité, les États-Unis tracent une ligne rouge. Ils affirment, sans ambiguïté, qu’un tel acte irait à l’encontre de leurs intérêts, mais aussi de ceux de la région et du peuple haïtien.

Plus encore, la note introduit un élément dissuasif fort : toute personne soutenant une initiative jugée déstabilisatrice et favorable aux gangs pourrait faire l’objet de « mesures appropriées ». Même si ces mesures ne sont pas détaillées, l’histoire récente suggère qu’elles peuvent inclure des sanctions ciblées, des restrictions de visa ou d’autres formes de pression diplomatique et financière.

Un aspect notable de la note est l’association directe entre un changement de gouvernement et un avantage supposé pour les gangs. En faisant ce lien, Washington envoie un signal politique puissant : toute action qui fragilise la transition est assimilée, de facto, à une complaisance envers les groupes armés.

Cette lecture réduit considérablement l’espace de manœuvre des acteurs haïtiens qui pourraient plaider pour un remaniement au nom de l’efficacité ou de l’inclusivité. Elle place le débat sur le terrain sécuritaire plutôt que politique.

Pour le CPT, la note agit comme un avertissement formel. Elle rappelle les limites de son mandat et la surveillance étroite exercée par les partenaires internationaux, au premier rang desquels les États-Unis.

Pour les forces politiques et économiques, le message est tout aussi clair : soutenir une initiative perçue comme déstabilisatrice comporte un coût potentiel élevé. Dans un pays fortement dépendant de l’aide internationale et des relations extérieures, cette réalité pèse lourdement dans les calculs stratégiques.

En définitive, la position américaine privilégie la stabilité, même minimale, au détriment de toute reconfiguration politique jugée risquée. Ce choix reflète une approche pragmatique, voire sécuritaire, de la crise haïtienne.

Reste à savoir si cette stabilité recherchée pourra réellement être atteinte sans ajustements politiques internes. La note de l’ambassade montre en tout cas que, pour Washington, le moment n’est pas à l’expérimentation, mais au maintien d’un fragile équilibre jusqu’à la prochaine étape du processus de transition.


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