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Élimination du redoublement en 1ère, 2ème et 3ème A.F : Belle disposition ou Risque pour le Fondamental?

Le Ministre de l’Éducation nationale, Monsieur Antoine Augustin, a pris la décision d’éliminer le redoublement dans les trois (3) premières classes du premier cycle fondamental à partir de l’année scolaire 2025-2026. Depuis l’annonce de cette mesure, nombreux sont ceux et celles qui manifestent leur désaccord. Pour eux, les enseignants auront du mal à trouver, en 4ème A.F., des apprenants disposant d’une base suffisamment solide.

Fondement de la remise en question du redoublement

Il est vrai que la volonté du ministre Augustin de supprimer le redoublement au début du fondamental fait couler beaucoup d’encre. Cependant, plusieurs recherches montrent que le redoublement produit des effets nocifs sur les apprenants, tant sur le plan académique que psychologique. Pour pallier cette situation, les spécialistes en éducation recommandent le recours aux pratiques de différenciation pédagogique. Ils évoquent notamment la différenciation structurelle, selon laquelle l’apprenant dispose de tout le premier cycle pour combler progressivement ses lacunes. Ainsi, au lieu de sanctionner l’échec par le redoublement, l’école accompagne l’élève dans un parcours d’apprentissage adapté à son rythme.

Défis de la mise en œuvre

À l’autre bout du fil, plusieurs acteurs éducatifs (enseignants, directeurs d’écoles et psychopédagogues ) soulignent un manque de ressources pour assurer une application complète de cette décision, ainsi qu’une absence de mécanismes de suivi sur le terrain. Selon leurs constats, aucune circulaire d’accompagnement ne précise encore des éléments essentiels tels que :

  • a) la diminution du nombre d’élèves par classe afin de lutter contre les classes pléthoriques ;
  • b) l’intégration de la pédagogie différenciée dans le cursus de formation des élèves-maîtres (ENI) ;
  • c) la formation continue des enseignants sur la mise en œuvre des pratiques de différenciation pédagogique ;
  • d) le renforcement des écoles en matériels didactiques et pédagogiques adéquats ;
  • e) l’intégration, dans les établissements scolaires, de spécialistes (psychologues scolaires, psychopédagogues, orthopédagogues, etc.)

Capables d’identifier, d’évaluer et de prendre en charge les difficultés et troubles d’apprentissage. Plus de trois (3) mois après la rentrée scolaire, de nombreux instituteurs et institutrices continuent de tirer la sonnette d’alarme sur la nécessité d’un suivi constant pour favoriser l’atterrissage effectif de cette mesure. Sinon, préviennent-ils, « cela pourrait déboucher sur un véritable naufrage ou un fiasco sans précédent ».


Erick (nom d’emprunt), enseignant avec plus de quinze ans d’expérience dans le système éducatif haïtien, estime que « cette décision peut passer du statut de belle initiative à celui d’échec si elle provoque un burn-out chez les enseignants. Car les élèves présentant des difficultés ou des troubles d’apprentissage, sans prise en charge adéquate, passeront automatiquement en classe supérieure malgré leurs handicaps. »
Réflexions avancées

Ce manque de rouages dans les mécanismes de suivi de l’État concernant l’aboutissement efficace de cette décision laisse perplexe une grande partie des acteurs du système éducatif. Dans trois (3) ans, parlera-t-on d’une expérience réussie ou d’un chaos pédagogique ? Les responsables au plus haut niveau de l’État mettront-ils en place des ajustements progressifs pour corriger les faiblesses de cette expérience pilote ? Les ressources humaines et financières nécessaires seront-elles mobilisées pour orienter correctement cette réforme ?

À ces interrogations pertinentes, personne ne peut encore répondre. Seul le temps nous le dira.


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