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Melchie Daëlle Dumornay, le triomphe d’une étoile venue d’un “petit” pays du football.

En remportant, le mercredi 14 janvier 2026, le 433 Women’s Awards dans la catégorie Joueuse de l’Année, Melchie Dumornay incarne la preuve que même dans les terres arides de Mirebalais, là où peu de choses prospèrent sans lutte, peut naître une fleur rare, la fleur d’acajou mythique, une pépite d’une beauté et d’une résilience exceptionnelles. Elle pousse contre toute attente, se nourrissant de la poussière et du soleil tropical d’Haïti, pour épanouir le football mondial d’un spectacle flamboyant qui attire tous les regards vers le pays d’Emmanuel Sanon.

Il est des succès qui dépassent le simple cadre d’un trophée, des victoires qui transcendent le football pour s’imposer comme des moments historiques. Des instants où le souffle se coupe, suspendu dans le temps, le cœur battant, où la passion implique tous dans une lutte démesurée. Et, enfin, une victoire partagée par tous ceux qui saisissent l’ampleur de l’exploit.

Âgée de 22 ans, la milieu offensive et attaquante ambidextre de l’Olympique Lyonnais, Melchie Daëlle Dumornay, surnommée Corventina, est née le 17 août 2003 à Mirebalais, en Haïti. De ses débuts pieds nus sur les terrains de fortune de Mirebalais est née une agilité brute, forgée dans la rudesse. Elle est le fruit d’une communion directe avec le sol nourricier de ses ancêtres. Repérée très tôt, à seulement 15 ans, en première division haïtienne avec l’AS Mirebalais puis l’AS Tigresses, elle signe au Stade de Reims le 9 septembre 2021, avant de rejoindre l’OL Lyonnes le 16 janvier 2023. Elle gravit aujourd’hui, étape après étape, les sommets du football mondial, notamment par son couronnement à une 18ᵉ place au classement du Ballon d’Or en 2025.

Son succès au 433 Awards en 2026

Institué en 2020 par la plateforme internationale de médias footballistiques 433, le 433 Awards est une distinction décernée à l’issue d’un vote 100 % public. Cette année, la superstar haïtienne est entrée dans l’histoire en devenant la première joueuse non européenne à remporter ce prix. Elle s’est imposée en finale face à Alexia Putellas, double Ballon d’Or féminin (2021 et 2022), avec 55 % des suffrages, mettant ainsi un terme à l’hégémonie du FC Barcelone sur cette distinction.

Ce trophée, souvent symbolisé par une bague emblématique appelée le « 433 Ring », avait été remporté exclusivement entre 2021 et 2024 par les stars barcelonaises Alexia Putellas (2021 et 2022) et Aitana Bonmatí (2023 et 2024).

Le parcours de la jeune Corventina lors du 433 Awards Women 2025 a été marqué par une série de confrontations à haute intensité, toutes tranchées par le vote exclusif des fans sur les réseaux sociaux. En quart de finale, elle a créé la surprise en éliminant la Ballon d’Or en titre, l’Espagnole Aitana Bonmatí, avec 52 % des suffrages contre 48 %, dans un duel ayant mobilisé près de 630 000 votants. En demi-finale, la star haïtienne a confirmé sa dynamique en s’imposant face à Clàudia Pina, autre figure du football espagnol, avec 54 % des voix, sur un total d’environ 557 000 votes. La finale a consacré l’ampleur de ce succès populaire. Opposée à la double Ballon d’Or Alexia Putellas, Melchie Dumornay l’a emporté avec 55 % des suffrages contre 45 %, dans un vote final ayant réuni plus de 856 000 participants, scellant définitivement sa victoire.

Beaucoup se demandent comment expliquer qu’une joueuse issue d’un pays sans grande reconnaissance footballistique mondiale ait pu s’imposer face aux stars des grandes nations du football féminin.

Cette interrogation se situe au cœur même du débat suscité par le sacre de Melchie Dumornay au 433 Women’s Awards 2026, tant il questionne les logiques habituelles de reconnaissance dans le football mondial. Pour comprendre ce succès, il convient de s’arrêter sur la nature du 433 Women’s Awards. Ce prix repose exclusivement sur un vote populaire via Instagram, accordant ainsi un rôle central au public, à l’engagement des communautés et à la mobilisation des supporters à l’échelle mondiale. Contrairement aux distinctions institutionnelles classiques, ce format valorise la ferveur collective autant que la performance sportive.

La force d’un peuple mobilisé

De ce point de vue, en Haïti, le sacre de Melchie Dumornay n’a rien d’anodin. Il a offert aux fans haïtiens l’occasion de soutenir leur ambassadrice avec une ferveur inédite. Dès le lancement de la compétition le 9 janvier 2026, des campagnes de mobilisation ont été organisées sur les réseaux sociaux, dans la diaspora et à l’international, rassemblant un soutien massif et déterminé.

Cette mobilisation s’inscrit dans une tradition déjà observable lors de la Gold Cup 2019 ou de la qualification historique d’Haïti pour la Coupe du monde 2026, après 52 ans d’absence. Elle s’est également illustrée avec la nomination de Jean-Ricner Bellegarde comme joueur du mois d’août 2025 à Wolverhampton. Plus de 20 000 votes, soit 95 % des suffrages, ont été recueillis grâce au soutien des fans haïtiens.

Malgré les limites structurelles du football haïtien, cela montre qu’un talent exceptionnel peut s’y émerger pour rivaliser avec l’élite mondiale. Ce sacre Melchie en est l’exemple parfait : lorsque la passion et la solidarité guident une communauté, le succès n’attend pas l’âge pour se manifester.

Le mérite sportif avant tout.

Mais réduire cette victoire à une simple question de mobilisation serait injuste. Melchie Dumornay gagne parce qu’elle brille par ses performances. Lors de la saison 2024-2025, Melchie Dumornay a été la meilleure buteuse de son club en D1 Arkema avec 15 buts. Elle a été nommée meilleure jeune joueuse de la Ligue des champions (avec 6 buts et 2 passes décisives) et a remporté le titre de Joueuse de l’année de la CONCACAF. Elle a terminé la saison avec un total impressionnant de 22 buts et 9 passes décisives toutes compétitions confondues avec Lyon, totalisant 31 contributions décisives sur la saison. Avec Haïti, c’est 4 buts et 4 passes décisives en 2025 ce qui justifient pleinement cette reconnaissance. Le vote populaire n’a fait que consacrer un mérite déjà visible. Toutefois, elle reste une joueuse à qui l’on promet le Ballon d’Or. Elle doit néanmoins continuer à progresser afin de confirmer toutes les promesses placées en elle.

Haïti, entre admiration mondiale et exploits sur son sol

Une autre question mérite cependant d’être posée : comment expliquer que les Haïtiens, si prompts à soutenir leurs talents, vouent parallèlement une admiration profonde au Brésil, à l’Argentine et aux grandes légendes comme Pelé, Maradona, Messi ou Ronaldo ?

Si certains parlent parfois d’un rejet de l’identité haïtienne, ne s’agit-il pas plutôt d’un amour profond pour le beau jeu que ce peuple si passionné développe ? Ces différents constats montrent que les Haïtiens sont d’abord amoureux du football comme art, comme spectacle, comme culture. Mais, faute de satisfactions régulières du football Haïtien sur la scène internationale, ce peuple s’est longtemps identifié aux grandes écuries du monde.

L’exploit de Melchie Daëlle Dumornay et les récents résultats satisfaisants des Grenadiers marquent un tournant. Ils offrent une alternative crédible. Des vidéos immortalisent les réactions enthousiastes lors des manifestations de rue après la qualification historique d’Haïti pour la Coupe du monde 2026. On y entend par exemple : « Nou pa bezwen Messi, nou gen Josué Casimir », ou encore : « Bellegarde pi bon ke ni Pedri, ni Vitinha, ni Bellingham ». Après le triplé de Duckens Nazon face à Keylor Navas lors du match nul 3‑3 entre Haïti et le Costa Rica, la comparaison était claire : seul Cristiano Ronaldo avait accompli un exploit similaire face à l’ancien Madrilène, Messi lui-même ne l’ayant pas réussi.

Le sacre de Melchie Dumornay au 433 Women’s Awards montre que, malgré les limites structurelles, le football haïtien continue de produire des talents d’exception. De l’illustre Emmanuel Sanon à cette nouvelle génération ayant des talents comme Danley Jean-Jacques, Nerilia Mondésir, Carlens Arcus, Loudjina Étienne et Frantzdy Pierrot ect.

Pour les Haïtiens, le message est clair : l’excellence peut naître chez soi et briller sur la scène mondiale.


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