Chaque 1er janvier, les Gonaïves redeviennent, le temps de quelques heures, le centre symbolique de la nation haïtienne. Ville de la proclamation de l’Indépendance de 1804, elle incarne l’acte fondateur d’Haïti et de la liberté noire dans le monde.
Pourtant, au-delà des cérémonies officielles et des discours protocolaires, une question persiste : où est la grande célébration populaire à la hauteur de cet héritage ?
Aux Gonaïves, le carnaval de l’Indépendance reste une idée absente, un projet jamais réellement concrétisé, alors qu’il pourrait devenir l’un des événements culturels majeurs du pays. Pour les Artiboniciens, cette absence représente un vide culturel difficilement justifiable.
Une mémoire célébrée sans le peuple ?
La commémoration de l’Indépendance aux Gonaïves est souvent marquée par un cadre formel, institutionnel, parfois éloigné de la population. Or, l’histoire de 1804 est avant tout celle d’un peuple debout, d’une lutte collective portée par les masses. La culture populaire, musique, danse, carnaval, art de rue est l’un des moyens les plus puissants pour transmettre cette mémoire aux nouvelles générations.
Un carnaval de l’Indépendance permettrait de réconcilier l’histoire avec le vécu quotidien des habitants. Il offrirait une scène aux bandes à pied, aux groupes traditionnels, aux artistes urbains et aux artisans locaux pour raconter l’Indépendance autrement : en sons, en couleurs et en symboles.
L’Artibonite face à une opportunité manquée.
Dans d’autres régions du pays, les carnavals constituent de véritables moteurs culturels et économiques. Aux Gonaïves, l’absence d’un carnaval structuré autour du 1er janvier prive la ville et l’Artibonite d’une opportunité de rayonnement national.
Un carnaval de l’Indépendance attirerait des visiteurs, stimulerait l’économie locale et créerait des espaces d’expression pour une jeunesse souvent reléguée à la marge. Il renforcerait également l’identité culturelle artibonicienne, trop souvent éclipsée dans les grands récits culturels nationaux.
Culture, mémoire et responsabilité publique.
La question du carnaval de l’Indépendance renvoie plus largement aux politiques culturelles en Haïti. Pourquoi la ville symbole de la liberté ne bénéficie-t-elle pas d’un événement culturel populaire d’envergure nationale ? La responsabilité est partagée entre les autorités locales, les institutions culturelles, l’État central et la société civile.
La culture ne doit pas être perçue comme un luxe, mais comme un outil de cohésion sociale, d’éducation citoyenne et de développement. Instituer un carnaval de l’Indépendance aux Gonaïves serait un acte politique fort, au sens noble du terme : reconnaître la culture comme un pilier de la mémoire nationale.
Pour une Indépendance vivante et partagée
À l’heure où le pays traverse de profondes crises sociales et identitaires, célébrer l’Indépendance par la culture populaire devient un acte de résistance. Les Gonaïves ne peuvent rester uniquement un lieu de souvenirs figés. Elles doivent redevenir un espace vivant de création, de fête et de transmission.
Un carnaval de l’Indépendance aux Gonaïves ne serait pas une simple festivité de plus, mais un symbole : celui d’une mémoire qui appartient au peuple et qui se célèbre dans la dignité, la créativité et la joie.
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