Haïti, 12 janvier 2010 : le jour où la terre a vacillé, et les cicatrices qui demeurent

Le 12 janvier 2010, à 4 h 53, la terre a tremblé en Haïti. En quelques secondes, un séisme de magnitude 7,3 a bouleversé à jamais le destin du pays. L’épicentre, situé près de Léogâne, à une trentaine de kilomètres de Port-au-Prince, a provoqué un effondrement généralisé : maisons, hôpitaux, écoles, ministères. Le symbole de l’État haïtien lui-même n’a pas résisté : le Palais national s’est effondré, image saisissante d’un pays soudainement à genoux.

Dans les heures qui ont suivi, Haïti a sombré dans le chaos. Les routes étaient impraticables, les communications coupées, les secours débordés. Des milliers de corps reposaient sous les décombres, tandis que des survivants, blessés et traumatisés, erraient à la recherche d’un proche, d’un abri, d’un peu d’eau. Les hôpitaux, déjà fragiles avant le drame, se sont retrouvés submergés. Faute de moyens, des amputations ont été pratiquées dans l’urgence, souvent sans anesthésie adéquate, pour sauver des vies.

Le bilan humain fut vertigineux : des centaines de milliers de morts, des millions de sinistrés. Mais au-delà des chiffres, le séisme a laissé des traces profondes, invisibles pour certaines, indélébiles pour d’autres. Seize ans plus tard, les cicatrices sont toujours là.

Parmi les survivants, nombreux sont ceux qui ont vu leur vie basculer dans le silence d’un handicap. Bras ou jambes amputés, lésions de la colonne vertébrale, traumatismes crâniens : une génération de personnes est sortie des ruines avec un corps à jamais transformé. Si l’urgence humanitaire a suscité une solidarité internationale massive, la prise en charge à long terme s’est révélée insuffisante. Prothèses inadaptées, rééducation interrompue, accès limité aux soins : beaucoup ont dû apprendre à vivre avec leur handicap sans réel accompagnement.

À ces difficultés physiques s’ajoute une autre épreuve, plus sournoise : le regard de la société. En Haïti, le handicap reste souvent associé à la dépendance, à la pitié, parfois au mépris. Certains survivants témoignent de discriminations à l’embauche, d’exclusion scolaire, de remarques blessantes dans l’espace public. ” On me regarde comme si je n’étais plus capable de rien “, confie un ancien maçon devenu amputé après le séisme. Cette stigmatisation pèse lourd, renforçant la précarité et l’isolement.

Pourtant, face à la pression sociale et aux obstacles quotidiens, beaucoup ont fait le choix de la dignité et de la résilience. Ils travaillent, s’engagent, fondent des associations, revendiquent leurs droits. Des femmes et des hommes handicapés du séisme sont devenus artisans, enseignants, militants, prouvant que la tragédie ne les a pas réduits au silence. Leur combat est aussi celui de la reconnaissance : être vus non comme des victimes éternelles, mais comme des citoyens à part entière.

Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 n’a pas seulement détruit des bâtiments ; il a mis à nu la vulnérabilité structurelle d’Haïti. Si certains édifices ont été reconstruits, les blessures humaines, elles, demeurent ouvertes. Se souvenir de cette date, c’est honorer les disparus, mais aussi écouter les vivants, ceux qui portent encore, dans leur chair et dans leur regard, la mémoire d’un pays secoué, mais jamais totalement brisé.


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