Alors que la crise socio-économique continue d’étouffer Haïti, une génération entière de jeunes se retrouve à la croisée des chemins. Ils sont nombreux à avoir terminé leurs études classiques avec l’espoir d’un avenir meilleur, mais la réalité les rattrape brutalement : l’impossibilité d’accéder à une formation professionnelle ou à l’université, faute de moyens financiers.
Les parents, autrefois capables de subvenir aux besoins de leurs enfants, sont aujourd’hui dépassés par la misère. Beaucoup ont perdu leurs maisons, leurs emplois ou leurs petites activités à cause de l’insécurité grandissante. Dans plusieurs régions, notamment dans le Grand Sud, des familles entières ont dû fuir leurs domiciles pour échapper aux attaques de gangs. Résultat : leurs conditions de vie se sont considérablement dégradées. ” Avant, on n’avait pas beaucoup, mais on pouvait au moins envoyer nos enfants à l’école. J’ai deux filles, elles ont bouclé leur cycle d’études, mais malheureusement, je ne peux même pas leur payer un cours professionnel “, confie une mère de famille rencontrée à Léogâne.
Aujourd’hui, cette réalité semble bien lointaine. Même ceux qui pouvaient autrefois financer les études universitaires de leurs enfants se retrouvent désormais impuissants. Les jeunes diplômés du secondaire passent leurs journées à la maison, sans perspective d’avenir.
Ce désœuvrement prolongé laisse des traces profondes. Nombreux sont ceux qui sombrent dans la dépression ou la résignation. Les jeunes filles, particulièrement vulnérables, sont parfois victimes de chantage sexuel de la part de personnes qui prétendent vouloir les aider à poursuivre leurs études. Mais les garçons, eux aussi, ne sont pas épargnés par ces formes de manipulation. ” On nous demande souvent de faire des choses inacceptables pour obtenir une bourse ou une aide. C’est humiliant “, témoigne une jeune diplômée du secondaire.
Pendant ce temps, la question de la sécurité demeure un défi majeur pour l’État haïtien. Malgré la présence d’une force internationale censée soutenir les autorités locales, les gangs continuent d’imposer leur loi dans plusieurs zones du pays. La population, elle, se bat au quotidien contre la misère, l’insécurité et le manque criant de logements.
Les membres du Conseil présidentiel de transition multiplient les promesses : retour de la sécurité, relance économique, organisation d’élections. Pourtant, sur le terrain, la réalité est tout autre. Dans le Grand Sud, de nombreux habitants risquent leur vie chaque jour pour rejoindre le centre-ville, faute de pouvoir emprunter la route nationale contrôlée par les groupes armés.
Entre peur, pauvreté et désillusion, la jeunesse haïtienne attend un signe d’espoir. Mais pour l’heure, ce sont le silence et l’abandon qui dominent, menaçant de briser à jamais les rêves d’une génération déjà sacrifiée.
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