D’un côté, une poignée de créatrices de contenu pour adultes génère des revenus à sept chiffres, dépassant parfois le million de dollars par mois. De l’autre, des millions de personnes s’échinent à étudier et à travailler dur, portées par des valeurs de dignité, pour finalement stagner financièrement.
Cette réussite insolente repose sur l’économie de l’attention. En vendant une forme d’intimité numérique, ces hommes et femmes court-circuitent le système traditionnel. Mais ce succès est un miroir déformant : il ne concerne qu’une infime minorité, alors que la masse des travailleurs essentiels reste bloquée dans une précarité croissante.
Pour celui qui a passé des années sur les bancs de l’université ou qui exerce un métier pénible, le constat est amer. On nous a appris que le mérite passait par l’effort intellectuel ou physique au service des autres. Pourtant, aujourd’hui, le divertissement et le voyeurisme rapportent infiniment plus que l’enseignement, le soin ou l’artisanat.
Le plus difficile à accepter est sans doute cette fin de vie incertaine. Beaucoup de travailleurs finissent leur carrière avec presque rien, après avoir tout donné à la société, tandis que des fortunes se bâtissent en quelques clics. Ce n’est pas seulement une question d’argent, c’est une crise de sens : notre monde semble avoir perdu sa boussole en récompensant le “buzz” plutôt que l’utilité réelle.
Au final, ce fossé nous oblige à nous questionner : quelle valeur donnons-nous vraiment au travail et à la dignité aujourd’hui ? Tant que les métiers qui portent la société ne seront pas reconnus à leur juste valeur, ce sentiment d’injustice continuera de fragiliser notre lien social.
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