Haïti, gangs armés et menace régionale :
Alors que Washington réfléchit ouvertement à une éventuelle intervention militaire en Haïti, une déclaration du secrétaire d’État américain Marco Rubio relance le débat. Selon lui, les gangs armés qui contrôlent une grande partie du territoire haïtien constitueraient une menace constante pour la sécurité des États-Unis, notamment parce qu’ils seraient à l’origine de l’augmentation des flux migratoires haïtiens vers le sol américain.
Dans ce contexte, le chef de la diplomatie américaine n’exclut pas une action militaire directe ou indirecte pour « combattre les gangs ». Mais au-delà du discours sécuritaire, une question centrale demeure largement ignorée :
d’où viennent toutes les armes que possèdent ces gangs haïtiens ?
Haïti ne fabrique pas d’armes
Un fait est incontestable : Haïti ne possède aucune industrie de fabrication d’armes. Ni fusils d’assaut, ni pistolets semi-automatiques, ni munitions ne sont produits localement. Pourtant, les gangs disposent aujourd’hui d’un arsenal impressionnant : fusils de guerre, armes automatiques, munitions en grande quantité, parfois même des équipements plus sophistiqués que ceux des forces de l’ordre haïtiennes.
Ces armes ne sont donc pas nées en Haïti. Elles y arrivent.
Une circulation internationale bien connue
De nombreux rapports internationaux, d’organisations de défense des droits humains et d’experts en sécurité soulignent depuis des années que la majorité des armes utilisées par les gangs haïtiens proviennent de l’étranger, principalement des États-Unis. Elles sont achetées légalement sur le territoire américain, puis exportées illégalement vers Haïti à travers des réseaux de contrebande bien organisés.Les routes sont multiples : ports, conteneurs commerciaux, bateaux privés, parfois même par voie aérienne. La faiblesse du contrôle maritime régional, la corruption, ainsi que le manque de moyens des institutions haïtiennes facilitent cette circulation.
Une responsabilité partagée, mais inégale
Il serait simpliste de nier les responsabilités internes : la corruption locale, l’effondrement institutionnel et la faiblesse de l’État haïtien ont permis aux gangs de prospérer. Mais il serait tout aussi malhonnête de passer sous silence la responsabilité internationale, notamment celle des pays d’où proviennent ces armes.
Peut-on sérieusement prétendre vouloir neutraliser les gangs sans tarir la source de leur armement ?
Peut-on parler d’une menace pour les États-Unis sans reconnaître que les armes qui alimentent cette menace transitent largement par leur propre territoire ?
Intervenir sans répondre à la cause
Une intervention militaire, si elle devait avoir lieu, risquerait de traiter les symptômes sans s’attaquer à la cause structurelle du problème. Tant que les réseaux de trafic d’armes resteront actifs, toute victoire militaire serait temporaire. Les gangs se reconstitueraient, comme cela a déjà été observé par le passé.
La véritable question n’est donc pas seulement de savoir comment combattre les gangs, mais aussi qui les arme, qui les finance et pourquoi ces circuits ne sont pas efficacement démantelés.
La question que Washington doit entendre
Si les gangs haïtiens représentent réellement une menace pour la sécurité américaine, alors une interrogation s’impose, directe et sans détour, à l’attention du secrétaire d’État américain : mais d’où viennent les armes que possèdent les gangs haïtiens ?
Et que fait Washington, concrètement, pour empêcher qu’elles continuent d’arriver ?
Sans réponse claire à cette question, toute intervention militaire risque de n’être qu’un épisode de plus dans une longue histoire d’échecs, où Haïti continue de payer le prix fort d’un chaos qu’elle n’a pas créé seule.
Discover more from Yogann Magazine
Subscribe to get the latest posts sent to your email.


